La voie lactée

By René-François Sully Prudhomme

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Aux étoiles j'ai dit un soir :

« vous ne paraissez pas heureuses ;

Vos lueurs, dans l'infini noir,

Ont des tendresses douloureuses ;

« et je crois voir au firmament

Un deuil blanc mené par des vierges

Qui portent d'innombrables cierges

Et se suivent languissamment.

« êtes-vous toujours en prière ?

êtes-vous des astres blessés ?

Car ce sont des pleurs de lumière,

Non des rayons, que vous versez.

« vous, les étoiles, les aïeules

Des créatures et des dieux,

Vous avez des pleurs dans les yeux… »

Elles m'ont dit : « nous sommes seules…

« chacune de nous est très loin

Des sœurs dont tu la crois voisine ;

Sa clarté caressante et fine

Dans sa patrie est sans témoin ;

« et l'intime ardeur de ses flammes

Expire aux cieux indifférents. »

Je leur ai dit : « je vous comprends !

Car vous ressemblez à des âmes :

« ainsi que vous, chacune luit

Loin des sœurs qui semblent près d'elle,

Et la solitaire immortelle

Brûle en silence dans la nuit. »