La Voix

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Voix de surnaturelle amante ventriloque

Qui toujours me pénètre en voulant m'effleurer ;

Timbre mouillé qui charme autant qu'il interloque,

Son bizarre d'un triste à vous faire pleurer ;

Voix de surnaturelle amante ventriloque !

Dit par elle, mon nom devient une musique :

C'est comme un tendre appel fait par un séraphin

Qui m'aimerait d'amour et qui serait phtisique.

Ô voix dont mon oreille intérieure a faim !

Dit par elle, mon nom devient une musique.

Très basse par instants, mais jamais enrouée ;

Venant de dessous terre ou bien de l'horizon,

Et quelquefois perçante à faire une trouée

Dans le mur de la plus implacable prison ;

Très basse par instants, mais jamais enrouée ;

Oh ! comme elle obéit à l'âme qui la guide !

Sourde, molle, éclatante et rauque, tour à tour ;

Elle emprunte au ruisseau son murmure liquide

Quand elle veut parler la langue de l'amour :

Oh ! comme elle obéit à l'âme qui la guide !

Et puis elle a des sons de métal et de verre :

Elle est violoncelle, alto, harpe, hautbois ;

Elle semble sortir, fatidique ou sévère,

D'une bouche de marbre ou d'un gosier de bois

Et puis elle a des sons de métal et de verre.

Tu n'as jamais été l'instrument du mensonge ;

Ô la reine des voix, tu ne m'as jamais nui ;

Câline escarpolette où se berce le songe,

Philtre mélodieux dont s'abreuve l'ennui,

Tu n'as jamais été l'instrument du mensonge.

Tout mon être se met à vibrer, quand tu vibres,

Et tes chuchotements les plus mystérieux

Sont d'invisibles doigts qui chatouillent mes fibres ;

Ô voix qui me rends chaste et si luxurieux,

Tout mon être se met à vibrer, quand tu vibres !