La vraie Joie

By Maurice Rollinat

Written 1899-01-01 - 1899-01-01

Au printemps ramenant sa joie,

Le Juste au cœur tendre et meurtri

Savoure, ivre en dedans, sans cri,

La félicité qui le noie.

Devant ce feuillage nourri

Qui, si frais, tremble et se déploie

Il faut que son espoir aigri

Se réillusionne et croie !

Au bruit du ruisseau qu'il côtoie

Sa raison même s'attendrit,

Le vent qui court, l'eau qui tournoie,

Insecte, oiseau, tout le festoie.

Il régale son corps guéri

De la lumière qui flamboie,

Fraternellement il coudoie

Le vieil arbre désamaigri,

En lui le regret se flétrit,

La sérénité reverdoie ;

Et le soir, au ciel qui rougeoie,

Son rêve extasié sourit,

Blanc des blancs reflets qu'en l'esprit

Sa conscience lui renvoie :

Toute son âme alors fleurit

Dans le paradis de la joie !