L’académie des gourmets

By Raoul Ponchon

Written 1920-01-01 - 1920-01-01

Dieu ! quelle belle Académie

Sera celle de ces gourmets,

Si, comme je n’en doute mie,

Elle doit se fonder jamais !

L’ancienne étant un modèle,

Dans son genre, l’on peut gager

Qu’ils sauront se pénétrer d’elle,

Sauf à quelques détails changer.

Avant toute chose, on présume

Que de nos quarante immortels

Ils laisseront là le costume,

Pour rester habillés tels quels.

Au lieu d’un glaive pacifique,

Donc inutile, ipso facto,

D’une fourchette plus pratique

Ils se ceindront, et d’un couteau

Ils feront un dictionnaire

À l’instar… c’est tout indiqué,

Qui, pour n’être que culinaire,

N’en sera pas moins pratiqué.

Ils auront, en leur Athénée,

À donner des prix Monthyon,

Par exemple… à qui, dans l’année

Fut le meilleur amphitryon.

C’est une vertu comme une autre,

Après tout, de bien recevoir ;

Est-ce votre avis ? C’est le nôtre,

Je dirai plus, c’est un devoir.

Ils récompenseront de même

Les maîtres-queux, les cordons bleus,

Inventeurs de ragoûts suprêmes,

De quelque plat miraculeux.

Un jour ou l’autre, une vacance

Peut se produire dans leurs rangs.

Ils se trouvent donc en présence

De deux ou plusieurs concurrents.

Or, que fait notre aréopage ?

Il va dîner chez chacun d’eux,

Et puis, il donne son suffrage

À qui l’aura traité le mieux.

En un déjeuner dînatoire

Supérieurement conçu,

— Disons même « dodinatoire »

L’heureux élu sera reçu,

Avec les honneurs de la table,

Et sans eau claire et sans discours,

Un vin, pour peu qu’il soit sortable,

Étant plus éloquent toujours.

Ces gastronomiques séances

Attireront le Tout-Paris,

Plus qu’aucune autre, car tu penses !

Les invités seront nourris.