L'académie et le caveau

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Au caveau je n'osais frapper ;

Des méchants m'avaient su tromper.

C'est presque un cercle académique,

Me disait maint esprit caustique.

Mais, que vois-je ! De bons amis

Que rassemble un couvert bien mis.

Asseyez-vous, me dit la compagnie.

Non, non, ce n'est point comme à l'académie.

Ce n'est point comme à l'académie.

Je me voyais, pendant un mois,

Courant pour disputer les voix

À des gens qu'appuîrait le zèle

D'un grand seigneur ou d'une belle :

Mais, faisant moitié du chemin,

Vous m'accueillez le verre en main.

D'ici l'intrigue est à jamais bannie :

Non, non, ce n'est point comme à l'académie.

Ce n'est point comme à l'académie.

Toussant, crachant, faudra-t-il donc,

Dans un discours superbe et long,

Dire : quel honneur vous me faites !

Messieurs, vous êtes trop honnêtes ;

Ou quelque chose d'aussi fort ?

Mais que je m'effrayais à tort !

On peut ici montrer moins de génie.

Non, non, ce n'est point comme à l'académie.

Ce n'est point comme à l'académie.

Je croyais voir le président

Faire bâiller en répondant

Que l'on vient de perdre un grand homme ;

Que moi je le vaux, Dieu sait comme.

Mais ce président sans façon

Ne pérore ici qu'en chanson :

Toujours trop tôt sa harangue est finie.

Non, non, ce n'est point comme à l'académie.

Ce n'est point comme à l'académie.

Admis enfin, aurai-je alors,

Pour tout esprit, l'esprit de corps ?

Il rend le bon sens, quoi qu'on dise,

Solidaire de la sottise ;

Mais dans votre société,

L'esprit de corps c'est la gaîté.

Cet esprit-là règne sans tyrannie.

Non, non, ce n'est point comme à l'académie.

Ce n'est point comme à l'académie.

Ainsi, j'en juge à votre accueil,

Ma chaise n'est point un fauteuil.

Que je vais chérir cet asile,

Où tant de fois le vaudeville

A renouvelé ses grelots,

Et sur la porte écrit ces mots :

Joie, amitié, malice et bonhomie !

Non, non, ce n'est point comme à l'académie.

Ce n'est point comme à l'académie.