L'académie et le caveau
Written 1815-01-01 - 1815-01-01
Au caveau je n'osais frapper ;
Des méchants m'avaient su tromper.
C'est presque un cercle académique,
Me disait maint esprit caustique.
Mais, que vois-je ! De bons amis
Que rassemble un couvert bien mis.
Asseyez-vous, me dit la compagnie.
Non, non, ce n'est point comme à l'académie.
Ce n'est point comme à l'académie.
Je me voyais, pendant un mois,
Courant pour disputer les voix
À des gens qu'appuîrait le zèle
D'un grand seigneur ou d'une belle :
Mais, faisant moitié du chemin,
Vous m'accueillez le verre en main.
D'ici l'intrigue est à jamais bannie :
Non, non, ce n'est point comme à l'académie.
Ce n'est point comme à l'académie.
Toussant, crachant, faudra-t-il donc,
Dans un discours superbe et long,
Dire : quel honneur vous me faites !
Messieurs, vous êtes trop honnêtes ;
Ou quelque chose d'aussi fort ?
Mais que je m'effrayais à tort !
On peut ici montrer moins de génie.
Non, non, ce n'est point comme à l'académie.
Ce n'est point comme à l'académie.
Je croyais voir le président
Faire bâiller en répondant
Que l'on vient de perdre un grand homme ;
Que moi je le vaux, Dieu sait comme.
Mais ce président sans façon
Ne pérore ici qu'en chanson :
Toujours trop tôt sa harangue est finie.
Non, non, ce n'est point comme à l'académie.
Ce n'est point comme à l'académie.
Admis enfin, aurai-je alors,
Pour tout esprit, l'esprit de corps ?
Il rend le bon sens, quoi qu'on dise,
Solidaire de la sottise ;
Mais dans votre société,
L'esprit de corps c'est la gaîté.
Cet esprit-là règne sans tyrannie.
Non, non, ce n'est point comme à l'académie.
Ce n'est point comme à l'académie.
Ainsi, j'en juge à votre accueil,
Ma chaise n'est point un fauteuil.
Que je vais chérir cet asile,
Où tant de fois le vaudeville
A renouvelé ses grelots,
Et sur la porte écrit ces mots :
Joie, amitié, malice et bonhomie !
Non, non, ce n'est point comme à l'académie.
Ce n'est point comme à l'académie.