L’agonie du soleil

By Edmond Haraucourt

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

La Terre est morte ; morts Uranus et Saturne ;

Mars et Vénus, Pallas, Mercure et Jupiter,

Tous morts : et dans l’effroi de leur route nocturne,

Les spectres sidéraux gravitent sur l’éther.

Dans leur pâleur cendrée, ils gravitent encore,

Rapprochant du soleil leurs cycles somnolents ;

Et l’aïeul qui n’a plus l’espoir d’aucune aurore

Sent le feu génital s’éteindre dans ses flancs.

Horreur ! Voici grouiller sur lui l’âpre vermine

Des océans, des bois et des vivants furtifs :

Un ennui moribond l’attarde ; il s’achemine,

Et le vent frais l’endort dans des râles plaintifs.

Qu’ils sont loin, les soleils ! Comme c’est froid, les brises !

Et l’énorme mourant contemple avec mépris

Le fantômal troupeau de ses planètes grises

Qui tournent mornement autour d’un grand ciel gris.