Laly galine seule

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

Jardin de ma fenêtre,

Ma seule terre à moi,

Avril t’a fait renaître…

N ’est-il bon que pour toi ?

Tes fleurs moins chancelantes

Se reparlent tout bas,

Et moi, je sais deux plantes

Qu’il ne réunit pas !

Combien de jours de fête

Ont regardé mes pleurs

Sans relever ma tête

Pensive sur tes fleurs !

Mais celui qui fait l’heure

Compte mon temps amer ;

Il voit dans ma demeure

Comme il voit dans la mer.

Ce soir une hirondelle

Qui revenait des cieux

À frôlé de son aile

Tes bouquets gracieux.

Ta fraîche palissade

A tremblé sous son cœur :

Vient-elle en ambassade

De la part du bonheur ?

Sans lune et sans étoile

Quand la nuit teint les flots

J’allume sous ton voile

Ma lampe aux matelots ;

Afin que l’humble flamme

Qui s’épuise ardemment

Comme un peu de mon âme

Attire mon amant.

Mais du port, si le phare

Mourait avant le jour,

Au marin qui s’égare

Montre au loin mon séjour.

Dis-lui qu’à ma fenêtre,

Toujours comme aujourd’hui.

Les fleurs qu’il a fait naître

S’illuminent pour lui.

Dans la nuit implorée

Qui le ramènera,

Vers ma vitre éclairée

Son âme montera.

Fais qu’après ma neuvaine,

Au bout d’un an perdu,

Ma lampe le ramène

À mes bras suspendu.