L’Ambassadeur de Suède à la Reine de Natolie.

By Isaac Benserade

Written 1697-01-01 - 1697-01-01

REINE du plus doux des climats,

L’Ambassadeur vers les frimats

Recevra, devant qu’il s’éloigne,

Vos ordres pour Suède et Pologne ;

Et prendra congé du fauxbourg

Devant qu’il passe par Hambourg,

Puisque chez vous on se dispose

À le charger de quelque chose.

Son équipage, et ses mulets,

Sont déjà partis pour Calais,

Où doit l’attendre son navire ;

Et dés l’heure qu’on entend dire :

C’est le train de l’ambassadeur,

Partout se fait grande rumeur ;

Les gens courent à la fenêtre :

Mais quand il ne vient à paroître,

Qu’un peigne dedans un chausson,

Ils pestent d’étrange façon ;

Et disent, voyant ce cortège :

Foin de l’ambassadeur de neige,

Il nous a bien attrapez là.

Que pourroit-on faire à cela ?

Pauvreté, dit-on, n’est pas vice ;

Dieu sçait, si c’est par avarice

Que je marche à si peu de frais,

Et fais de si légers apprêts :

Comme je vois qu’on ne me prête,

Pour mes bardes, nulle charette,

Est-ce pas bien fait d’en charger

Un des chevaux du messager,

Qui gémit sous ce poids extrême,

Et m’a pensé porter moi-même,

N’étoit qu’il est rude au galop,

Et que j’ai crû que c’étoit trop

D’être ambassadeur grave et sage

Tout-ensemble, et coq de bagage.

Pourtant, si vous voulez qu’enfin

Je porte jusqu’à my chemin

Ce que vous n’envoyez qu’à peine

Au gros mary de vôtre reine,

J’en viendrai bravement à bout :

Et je me chargerai de tout,

Sans qu’il me soit fait nul reproche,

Pourvû que tout puisse en ma poche :

Car Bias, portant tout sur soi,

N’étoit pas plus Bias que moi.

J’ai linge, ustancille, dépêche,

J’ai mainte nipe qui m’empêche ;

Tous mes habits sont sur ma peau,

Bref, je suis mon porte-manteau.