L'âme fidèle

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Le faste ni l'attrait des villes et des terres

Ne me feront, ô mer lointaine ! t'oublier :

Car, tout entier, j'entends, par bonds ou régulier,

Ton flot capricieux battre dans mes artères ;

Car je sens fulgurer encor mes larges yeux

D'avoir tant contemplé tes horizons en flamme ;

Car tes rythmes me sont restés au fond de l'âme ;

Car ton souffle a laissé du vent dans mes cheveux.

Et, par les minuits noirs, assise sur ma couche,

Lorsque je songe à toi tout bas, seule en éveil

Parmi l'universel silence du sommeil,

Mon âme sort de moi comme un spectre farouche,

Et ce spectre s'en va rôder dans ton fracas

Et, tel qu'une Sapho hantant quelque Leucade,

Dans des mots furieux que le sanglot saccade

Se plaint de sa souffrance en se tordant les bras.