L'Amour mouillé

By Auguste Lacaussade

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

Au milieu de la nuit, à l'heure où déjà l'Ourse

Sous la main du Bouvier tourne et décrit sa course,

A l'heure où les mortels dans le sommeil plongés,

Des lourds travaux du jour par les Dieux allégés,

Goûtent les songes d'Or que la nuit leur apporte,

Tout à coup survenant, Éros heurte à ma porte.

« Qui frappe ainsi, criai-je, et trouble mon repos ?

— Ouvre-moi, ne crains rien, ouvre, répond Éros,

Car je suis un enfant. Par cette nuit obscure,

Sous la bise et la pluie errant à l'aventure,

J'ai perdu mon chemin. Ouvre-moi, fais accueil

A celui que les Dieux ont guidé vers ton seuil. »

Il se tait ; la pitié parle au fond de mon âme ;

De mon foyer mourant je ravive la flamme,

Et, ma lampe allumée, aussitôt j'ouvre et vois

Un blond enfant ayant aux épaules deux ailes ;

Ses beaux yeux bleus sont pleins d'étranges étincelles ;

Un arc est dans sa main, sur son dos un carquois.

Je l'assieds prés du feu, je réchauffe ses doigts

Dans les miens ; ses cheveux tout ruisselants de pluie,

Doucement je les presse et ma main les essuie.

Pour lui, dès que le froid l'eut quitté, se levant :

« Voyons donc si mon arc par la pluie et le vent

Ne s'est point détendu. La corde en est humide,

Dit Éros. Essayons … » Et la flèche rapide

Part et me frappe au cœur, et je me sens mourir.

Alors sautant de joie et riant, le perfide

S'écrie : « Allons, mon hôte, il faut nous réjouir ;

Mon arc n'a point de mal, mais ton cœur va souffrir. »