L'Amour par terre

By Paul Verlaine

Written 1869-01-01 - 1869-01-01

Le vent de l’autre nuit a jeté bas l’Amour

Qui, dans le coin le plus mystérieux du parc,

Souriait en bandant malignement son arc,

Et dont l’aspect nous fit tant songer tout un jour !

Le vent de l’autre nuit l’a jeté bas ! Le marbre

Au souffle du matin tournoie, épars. C’est triste

De voir le piédestal, où le nom de l’artiste

Se lit péniblement parmi l’ombre d’un arbre.

Oh ! c’est triste de voir debout le piédestal

Tout seul ! et des pensers mélancoliques vont

Et viennent dans mon rêve où le chagrin profond

Évoque un avenir solitaire et fatal.

Oh ! c’est triste ! — Et toi-même, est-ce pas ? es touchée

D’un si dolent tableau, bien que ton œil frivole

S’amuse au papillon de pourpre et d’or qui vole

Au-dessus des débris dont l’allée est jonchée.