L'Ancêtre fauve

By Armand Renaud

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

TOUJOURS au guet, toujours par les herbes vaguant,

Cossa, selon la chance, est chasseur ou brigand.

Sa cuisse vaut un roc, son poing vaut une meule ;

Sa mâchoire saillante a des aspects de gueule ;

Ses jambes, sa poitrine et ses bras sont velus.

Et c'est dans le grand bois comme un fauve de plus.

Pourtant cet indomptable a quelqu'un qui le dompte,

Bandit d'esprit plus vif et d'action plus prompte,

Romulus, le grand chef qu'une louve a nourri

Et qu'un tas de pillards doit suivre au premier cri.

Or voici le signal attendu.

Dans les antres

Tous ces gens ont bouclé la ceinture à leurs ventres,

Aiguisé le couteau, pris la hache et l'épieu ;

Et tous, maigres, hâlés, farouches, l'œil en feu,

Voulant du blé, voulant du vin, voulant des femmes.

Ils s'élancent. Le chef a bien ourdi ses trames.

Tous les biens qu'il leur a promis, ils les auront.

Car la force étant là, chacun courbe le front.

Et c'est ainsi que, pour la grande chasse à l'homme,

Cossa gagne la plaine où l'on va fonder Rome !