L'anniversaire
Written 1801-01-01 - 1815-01-01
Hélas ! après dix ans je revois la journée
Où l'âme de mon père aux cieux est retournée.
L'heure sonne : j'écoute… O regrets ! ô douleurs !
Quand cette heure eut sonné, je n'avais plus de père.
On retenait mes pas loin du lit funéraire ;
On me disait : « Il dort ; » et je versais des pleurs.
Mais du temple voisin quand la cloche sacrée
Annonça qu'un mortel avait quitté le jour,
Chaque son retentit dans mon âme navrée,
Et je crus mourir à mon tour.
Tout ce qui m'entourait me racontait ma perte :
Quand la nuit dans les airs jeta son crêpe noir,
Mon père à ses côtés ne me fit plus asseoir,
Et j'attendis en vain à sa place déserte
Une tendre caresse et le baiser du soir.
Je voyais l'ombre auguste et chère
M'apparaître toutes les nuits ;
Inconsolable en mes ennuis,
Je pleurais tous les jours, même auprès de ma mère
Ce long regret, dix ans ne l'ont point adouci !
Je ne puis voir un fils dans les bras de son père
Sans dire en soupirant : « J'avais un père aussi ! »
Son image est toujours présente à ma tendresse.
Ah ! quand la pâle automne aura jauni les bois,
O mon père ! je veux promener ma tristesse
Aux lieux où je te vis pour la dernière fois.
Sur ces bords que la Somme arrose,
J'irai chercher l'asile où ta cendre repose :
J'irai d'une modeste fleur
Orner ta tombe respectée,
Et sur la pierre, encor de larmes humectée,
Redire ce chant de douleur.