L’archevêque roger et le roi guillaume

By Aimé Camp

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Ministre du Dieu bon, mais ministre parjure,

Prêtre infidèle au crucifix,

Roger Ubaldini, pour venger son injure,

Saisit Ugolin et ses fils,

Dans une épaisse tour, sous une bonne escorte,

Les traîna rudement bouclés,

Et du simple donjon ayant cloué la porte,

Dans le fleuve on jeta les clés.

Que fut le dénoûment de ce lugubre drame ?

Des prisonniers quel fut le sort ?

Le barde florentin le dévoile, et notre âme

En ressent un frisson de mort.

Ineffables douleurs ! Les enfants disaient : «Père,

Tu nous as vêtus de ces chairs.

Mange-les. Tu le peux. « Et lui se désespère

De voir souffrir ces fils si chers.

Longtemps quand gémissait ou le vent ou l’orfraie ;

On croit ouïr : «du pain… Je meurs»

Et longtemps Mise, aux bords de l’Arno qui s’effraie,

Recueillit ces tristes clameurs.

Dante dit qu’aux enfers, accroupi dans la glace,

Ugolin brise de Roger

Le crâne sous ses dents, et jamais ne se lasse

De le mordre et de le ronger.

Ubaldini teuton, pieuse bête fauve,

O Guillaume, Tartufe-roi,

Oses-tu l’invoquer le rédempteur, qui sauve,

Toi qui foules aux pieds sa loi ?

Oses-tu bien prier que le ciel illumine

Ton Augusta, reine, et les tiens,

Toi qui veux, dans Paris, tuer par la famine

Ses deux millions de chrétiens ?

Ta condamnation dans les cieux est écrite.

Du Christ tu déchires le corps.

Tu prends des bains de sang, ô vieillard hypocrite,

Est tu convoites nos trésors.

Noël ! Noël ! Voici le nouveau Charlemagne !

Meurtre, rapine, embrasement,

C’est ce qui le devance, et ce qui l’accompagne :

Dons du joyeux avènement !

Tes canons ont choisi pour leurs points de repère

Nos monuments hospitaliers.

Ton palais d’empereur devrait être un repaire

Dans les plus sauvages halliers.

Quoi ! la grande cité, dans tout son périmètre,

Serait une tour de la faim !

Son vaillant peuple, ô doux vainqueur, gracieux maître,

N’aurait que tes obus pour pain !

Ah ! puisses-tu périr dans nos plaintes suantes

Du sang des Germains égorgés !

par nos loups, nos vautours, puissent tes chairs puantes

Et ton vieux crâne être rongés !