L'arrivée

By Jean Lorrain

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

Holà oh ! La porte est fermée !

Ouvrez. Aux grilles des vieux parcs

Grelotte une troupe enrhumée

D'Amours, de pied en cap armée

De carquois neufs et de grands arcs.

Je les ramène d'Italie

Où, d'un plafond de Tipolo

Échappés un soir de folie,

Ils pleuraient la mélancolie

Du carnaval tombé dans l'eau.

Ils viennent dans l'ancien Versailles,

Jadis enchanté par Lulli,

Demander asile aux Rocailles

Ou sinon au parc en broussailles,

Et tout en ronces de Marly !

Quoique romains et catholiques,

Rien ne peut les effaroucher ;

Et dans vos grands jardins auliques

Ils vous diront des bucoliques

Dignes des amours de Boucher.

Pétillants d'une adresse exquise,

Caressants, prompts et dérobés,

Dans l'art d'ôter à Cydalise,

Qui tremble et dit non, sa chemise

Ils ont des malices d'abbés.

Mes Cupidons en sentinelles

Sont là. Maintenant, Chateauroux,

Dubarry, Romans, Mailly-Nesles

Aux bleus éclairs de vos prunelles

Mettez Louis Quinze à genoux ;

Voici des carquois et des flèches.

Offrez aux traits des arcs vainqueurs

La nacre vivante et les pêches

De vos seins nus et dans les mèches

De vos nuques roulez les cœurs.