Lassitude

By Émile Verhaeren

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

La terre immensément s’efface au fond des brumes

Et lentement aussi les frênes lumineux

D’automne et lentement et longuement les nœuds

Des ruisselets dans l’herbe et leurs bulles d’écumes ;

Lointainement encor des sons pauvres et las.

Voix par des voix lasses au fond des soirs hélées ;

Et les chansons et les marches, par les vallées,

Des mendiants qui vont, sait-on vers où, là-bas ?

Et des rames en désaccord, et l’autre, et l’une.

Et boitantes et tombantes — et, longuement,

Un vol d’oiseaux qui plane et plane et, lourdement.

Chavire en un ciel gris, où se fane la lune.