L’attente

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1830-01-01 - 1830-01-01

Il m’aima. C’est alors que sa voix adorée

M’éveilla tout entière, et m’annonça l’amour.

Comme la vigne aimante en secret attirée

Par l’ormeau caressant, qu’elle embrasse à son tour,

Je l’aimai ! D’un sourire il obtenait mon âme.

Que ses yeux étaient doux ! que j’y lisais d’aveux !

Quand il brûlait mon cœur d’une si tendre flamme,

Comment, sans me parler, me disait-il : « Je veux ! »

Oh ! toi qui m’enchantais, savais-tu ton empire ?

L’éprouvais-tu ce mal, ce bien dont je soupire ?

Je le crois : tu parlais comme on parle en aimant,

Quand ta bouche m’apprit je ne sais quel serment.

Qu’importent les serments ? Je n’étais plus moi-même,

J’étais toi. J’écoutais, j’imitais ce que j’aime ;

Mes lèvres, loin de toi, retenaient tes accents,

Et ta voix dans ma voix troublait encor mes sens.

Je ne l’imite plus ; je me tais, et les larmes

De tous mes biens perdus ont expié les charmes.

Attends-moi, m’as-tu dit. J’attends, j’attends toujours !

L’été, j’attends de toi la grâce des beaux jours ;

L’hiver aussi, j’attends ! Fixée à ma fenêtre,

Sur le chemin désert je crois te reconnaître ;

Mais les sentiers rompus ont effrayé tes pas :

Quand ton cœur me cherchait, tu ne les voyais pas !

Ainsi le temps prolonge et nourrit ma souffrance :

Hier, c’est le regret ; demain, c’est l’espérance ;

Chaque désir trahi me rend à la douleur,

Et jamais, jamais au bonheur !

Le soir, à l’horizon, où s’égare ma vue,

Tu m’apparais encore, et j’attends malgré moi.

La nuit tombe… ce n’est plus toi ;

Non ! c’est le songe qui me tue.

Il me tue, et je l’aime ! et je veux en gémir !

Mais sur ton cœur jamais ne pourrai-je dormir

De ce sommeil profond qui rafraîchit la vie ?

Le repos sur ton cœur ! c’est le ciel que j’envie,

Et le ciel irrité met l’absence entre nous.

Ceux qui le font parler me l’ont dit à moi-même :

Il ne veut pas qu’on aime !

Mon Dieu, je n’ose plus aimer qu’à vos genoux !

Qu’ai-je dit ? Notre amour, c’est le ciel sur la terre.

Il fut, j’en crois mon cœur effrayé d’un remord,

Comme la vie, involontaire,

Inévitable, hélas ! comme la mort.

J’ai goûté cet amour ; j’en pleure les délices.

Cher amant ! quand mon sein palpita sous ton sein,

Nos deux âmes étaient complices,

Et tu gardas la mienne, heureuse du larcin.

Oh ! ne me la rends plus ! Que cette âme enchaînée,

Triste et passionnée,

Heureuse de se perdre et d’errer après toi,

Te cherche, te rappelle et t’entraîne vers moi !