L'attente
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
L'attente !… oh ! la pénible chose !
Ironie amère, et pourtant
Irrétorquable, qui se pose
A notre face à chaque instant
Entre les ailes de notre âme
Et le lourd poids de notre corps !…
Avoir la mer… et pas la rame,
Pour passer là, jusqu'à ces bords !…
Être enfermé dans sa personne,
Comme en un muids cerclé de fer !…
Du cercle qui nous emprisonne,
Sur le dehors n'avoir d'ouvert
Qu'un œil-de-bœuf à courte vue,
Incapable de contrôler
Les bruits qui viennent de la rue
A tout instant nous harceler !…
Les bruits, adultérins et de père et de mère,
Venant on ne sait d'où, race ailée éphémère…
Caméléons flottants, marquant blanc, marquant noir,
Maigres, puis gros, petits bientôt à n'y rien voir,
Satellites blafards d'un céleste Saturne,
L'étoile au vaste orbite, au parcours taciturne,
Qu'on cherche dans la nuit et qu'on craint de trouver,
De la nouvelle vraie à l'anxieux lever !…
On cherche, on va, l'on vient, on guette.
Nez haut, tout oreilles, tout yeux…
Rien au loin !… Vaste horreur muette !…
Et, dans l'intérieur fiévreux,
Tout est branle-bas ou tempête…
Tout à la mer… rien sur le pont.
Le front bout… le souffle s'arrête…
Le cœur bat !… Il bat ; mais… vit-on ?