L'Attente

By Henri Régnier

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

Le jardin, cet avril, a porté bien des roses

El voici que déjà les rivières sont grosses

Des orages d’hier et des premières pluies ;

La vigne grimpe rouge au balustre où j’appuie

Mon coude sur la mousse et mon front dans ma main,

Et l’ornière se creuse aux glaises des chemins,

Et je t’entends venir, Automne, et ton pied butte ;

Tu chancelles ivre du vin nouveau. La flûte

Pousse avec les roseaux au bord de la fontaine

Dans le doux vent qui la tourmente, verte et vaine !

Anxieuse, elle attend le souffle qu’elle inspire

Et les trous dont on l’ouvre et le doigt et la cire

Qui la façonne et les lèvres qui, bien unies,

Joindront sa chanson claire à tes mélancolies,

Automne ! et, dans le vent venu des vieux étés,

Uniront leur jeunesse à ta maturité

Et les rires d’avril aux larmes de septembre

Et dans l’ombre feront soupirer de l’entendre

Mêler ce qui fut doux à ce qui est morose,

Le doux bruit de la pluie avec l’odeur des roses.