L'aube avare

By Henri Vendel

Written 1945-01-01 - 1945-01-01

Nul à l'aube ne fait aumône.

Il n'est femme qu'un amant damne,

vagabonde ou roi qu'on détrône,

il n'est âme que mort condamne

qui ne l'apprenne de sa peine :

nul à l'aube ne fait aumône.

Vainement les plaintes se traînent,

et les amours et les remords :

cette heure n'a brisé les chaînes

qu'aux poignets qui déjà sont morts.

Allez vous recoucher, les filles :

nul à l'aube ne fait aumône.

Les prisonniers, hors de leurs grilles,

qu'attendent-ils du jour naissant ?

qu'au pied du mur on les fusille

et que les chiens lappent leur sang ?

La gueuse lèche ses babines :

nul à l'aube ne fait aumône.

Vous qui souffrîtes à matines

et dont les mains clouées rayonnent,

gardez, Seigneur, de nous maudire,

mais de Vous qu'on ne puisse dire :

nul à l'aube ne fait aumône.