L’aube de la lune

By Pierre Louÿs

Written 1888-01-01 - 1920-01-01

Regarde la naissance ardente de la lune,

Ô Stulcas ! c’est un cœur qui verse sur les eaux

Le sang d’une aube horrible et les subtils réseaux

Qui livrent la dryade à sa triste fortune.

Les ombres des palmiers s’éveillent, et chacune

Traîne deux fils de flamme à ses obscurs fuseaux,

Et les crins du centaure et l’aile des oiseaux

Se haussent, alourdis d’une pourpre importune.

Le bruit des palmes doux comme la pluie en mer

Tombe et coule sur les bras nus des nymphes. L’air

Tremble, invisible vol de fraîcheurs fantastiques.

Tout dort. Un crapaud rond plonge dans l’étang clair.

La corne du satyre hostile aux troncs antiques

Se détourne des bois et se heurte à la nuit.Se détourne des bois et se heurte à la nuit.