L'automne

By Jean Baptiste Caouette

Written 1892-01-01 - 1892-01-01

Le ciel n'a plus d'azur ; l'atmosphère est de glace ;

La splendeur du soleil pâlit de jour en jour ;

Sur l'arbre dépouillé que le frimas enlace,

L'oiseau ne redit plus sa romance d'amour.

La nature a souillé la robe éblouissante

Qui parait les coteaux de ses replis soyeux ;

Les fleurs ont disparu ; l'abeille vigilante

Ne dore plus nos bois de son miel savoureux.

Les torrents écumeux, grandis par les orages,

Font retentir les airs de lugubres sanglots ;

Et, bondissant soudain par dessus les rivages,

Dévastent les moissons de leurs terribles flots.

Quand tu parais, automne, aussitôt la tristesse

Sur notre front serein pose son noir bandeau ;

Tu viens ravir aux champs leur brillante jeunesse,

Tu nous donnes des jours sombres comme un tombeau !

Au vieillard que les ans inclinent vers la tombe,

Et qui plonge son cœur aux sources des plaisirs,

Tu dis : « Lève la tête, et vois ce fruit qui tombe,

Ainsi tu tomberas avec tes vains désirs… »

L'automne, de la vie est la fidèle image :

Les jours calmes et doux sont nos jours sans remords ;

Les bosquets dénudés rappellent le vieil âge ;

La neige et les frimas, le blanc linceul des morts !…

Eh bien ! puisque l'automne en souverain commande,

Inclinons tous nos fronts devant sa majesté ;

Car sa voix est l'écho de Dieu qui réprimande

Ceux qui ne pensent pas à leur éternité.