Le 2 décembre

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Voici le jour où sur nos pères

Brilla le soleil d'Austerlitz ;

Où, plus tard, des cieux moins prospères,

L'ombre descendit sur leurs fils !

Dans sa superbe indifférence.

Le canon, sujet à l'erreur,

Annonçait gaîment à la France

Sa sottise et son empereur !

Et voyez, — étrange ironie ! —

A quoi le sort m'a condamné :

four moi cette date est bénie :

C'est le jour où l'enfant est né !

Oui, ma tille venait de naître

Au bruit de ce fatal salve !…

Et c'est le seul malheur peut-être

Qui lui soit jamais arrivé.

Sur le berceau que son sourire

Illuminait, je lis ce vœu :

Qu'elle survécût à l'Empire ;

Et je fus entendu de Dieu !

Elle survit ; il fait naufrage ;

Et désormais ce jour fêté

Brille à mes yeux, sans qu'un nuage

En trouble la sérénité !

Elle a même, à ce qu'il faut croire,

Toutes les grâces du destin ;

Car ce sont des bruits de victoire

Qui nous arrivent ce matin !

Notre Loire, après deux batailles,

Voit s'enfuir les envahisseurs ;

Paris, vainqueur sous ses murailles.

Attend ses nouveaux défenseurs !

Dieu cesse enfin d'être sévère

A ce pays qu'il déchira ;

Ce que l'Empire n'a pu faire,

La République le fera !

Ces mêmes Rois qui se querellent

S'uniront pour en triompher,

Ces bons frères, comme ils s'appellent,

S'embrasseront pour l'étouffer ;

Qu'importe ?… mes frayeurs me quittent,

Quand mon regard mesure et suit

Ces petits princes qui s'agitent

Aux mains de Dieu qui les conduit !

Que Bonaparte aide Guillaume

En ses-complots impertinents :

L'Empire n'est plus qu'un fantôme :

Je ne crois pas aux revenants !

O jour du deux Décembre, monte

Sur l'horizon, pur et vermeil ;

Te voilà lavé de ta honte,

Et tu retrouves ton soleil !…

Mais quoi ! l'hiver te fait cortège ;

Ton soleil est trop faible, hélas !

Pour fondre ce tapis de neige

Que la terre étend sous nos pas ! —

Pardonne, enfant, si je n'apporte,

Pour te fêter, que cette fleur ;

Je l'ai trouvée à moitié morte,

Étiolée et sans couleur !

Mais, avec cette fleur flétrie.

J'offre un peuple ressuscité,

Les victoires de la patrie,

Et celles de la liberté !