Le baiser

By Jean Polonius

Written 1827-01-01 - 1827-01-01

J’ai senti nos lèvres s’unir,

De tes bras j’ai senti l’étreinte,

Et tu m’abordes sans rougir !

Et tu me parles sans contrainte !

Hélas ! au calme de tes traits,

À l’innocence de ton âme,

Je le vois trop : tu l’ignorais,

Le prix de ce baiser de flamme.

Tu l'as donné sans y songer,

Comme un jeu que permet le monde,

Comme en riant l’enfant léger

Jette une fleur au sein de l’onde.

La fleur tombe, et sans reposer

L’onde l’emporte dans sa fuite :

Plût à Dieu que de ton baiser

La mémoire eût passé si vite !

Il a marqué d’un sceau brûlant

La place ou s’imprima ta bouche ;

Il erre, il court dans tout mon sang ;

Il me consume sur ma couche.

En songe, il jette dans mon cœur

Mille espérances vagabondes ;

D’amour, d’extase, de bonheur,

Lui seul m’a révélé des mondes.

Espoir divin, bonheur trop cher,

Dont l’impuissance me dévore,

Ne serez-vous qu’un pâle éclair,

Qui naît, qui brille, et s’évapore ?

Ah ! reprends ton baiser cruel,

Ou couvre-le d’autres sans nombre !

Ne m’as-tu fait rêver le ciel

Que pour me replonger dans l’ombre ?