Le Barde à la fleur

By Auguste Lacaussade

Written 1839-01-01 - 1839-01-01

O douce et tendre fleur éclose avec l'aurore

De son midi brûlant le jour est loin encore,

Pourquoi t'incliner pâle et triste ainsi que moi ?

Attends que le soleil ait voilé sa lumière,

Attends que le trépas ait fermé ma paupière,

Car je voudrais m'éteindre et passer avec toi !

Pauvre petite fleur, qui peut causer ta peine ?

N'as-tu pas des zéphirs la caressante haleine ?

N'as-tu pas les rayons et les baisers du jour ?

Pour les fleurs l'existence est-elle aussi sans charmes,

Ou quelque papillon t'a-t-il laissé les larmes

Quand toi, tu lui donnas les parfums de l'amour ?

A te voir mourir belle et si jeune, je pleure ;

Pour briller, tous les deux nous n'avons eu qu'une heure

Nos destins sont pareils : attends-moi pour partir !

Du barde et de la fleur la vie est passagère,

Et nous mourrons, hélas ! sans laisser à la terre,

Toi, ton parfum si doux, et moi, mon souvenir !