Le Bey outragé

By Victor Hugo

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Le vieux bey de la régence

Murmure en baissant le front :

Demain s'appelle vengeance

Quand hier s'appelle affront.

Lui qui creusa tant de fosses

Que, lorsqu'il passe, inclément,

Le ventre des femmes grosses

Tressaille lugubrement,

Il tient nu son cimeterre ;

Pâle, il bâille par instants ;

Puis il regarde la terre

Comme s'il disait : Attends.

Il rêve. On sent qu'il résiste

Comme le pin des forêts,

Et qu'il sera d'abord triste

Pour être terrible après.

Ses regards sont insondables ;

Son glaive dans ses yeux luit ;

Ses paupières formidables,

Où passe un éclair de nuit,

Laissent, sans qu'il les essuie,

Tomber sur son yatagan

Ces larges gouttes de pluie

Qui précèdent l'ouragan.