Le boucoliaste

By Pierre Louÿs

Written 1888-01-01 - 1920-01-01

La flûte qui fléchit sous les doigts allongés,

Docile à s’animer comme la femme aux lèvres,

Vibre, et le clair essaim des trilles encagés

Se mêle aux bêlements bucoliques des chèvres.

Le joueur puéril à ses roseaux légers

Chante en vain : seule, Écho, lointaine et triste, alterne ;

Les Muses sont trop loin de la voix des bergers

Qu’une cigale inspire et qu’un vol noir consterne.

Mais l’éphèbe : « Je suis, ô Phoïbos radieux,

Boucoliaste, et pur pour le culte des dieux.

J’ai l’espoir du laurier que ton geste décerne

Et je veux, pour gagner ton sourire indulgent,

Consacrer sur l’autel de flouve et de luzerne

Ma flûte pastorale à ta lyre d’argent. »