Le célibataire

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Du célibat fidèle appui,

Je vois avec colère

L'amour essuyer aujourd'hui

Les larmes de son frère.

Graces, talents, et vertus,

Ont droit à mille tributs.

Mais un célibataire

Ne peut chanter des nœuds si doux :

On n'aura rien à faire

Chez de pareils époux.

Monsieur prend femme, c'est fort bien,

Il la prend jeune et belle :

Mais, comptant ses amis pour rien,

Monsieur la prend fidèle.

Il faudra dans cinquante ans

Célébrer leurs feux constants.

Non, tout célibataire

Ne peut chanter des nœuds si doux :

On n'aura rien à faire

Chez de pareils époux.

Morbleu ! Qui n'aurait de l'humeur

En pensant que madame

De monsieur fera le bonheur,

Bien qu'elle soit sa femme ?

Jours de paix et nuits d'amour ;

Le diable y perdra son tour.

Non, tout célibataire

Ne peut chanter des nœuds si doux :

On n'aura rien à faire

Chez de pareils époux.

Encor si l'amour avait pris

Une dîme en cachette !

Mais le plus heureux des maris,

En quittant sa couchette,

Demain se pavanera,

Et les mains se frottera…

Non, tout célibataire

Ne peut chanter des nœuds si doux :

On n'aura rien à faire

Chez de pareils époux.