Le chant de l'arène

By Victor Hugo

Written 1826-01-01 - 1826-01-01

L'athlète, vainqueur dans l'arène,

Est en honneur dans la cité ;

Son nom, sans que le temps l'entraîne,

Par les peuples est répété,

Depuis cette plage inféconde

Où dort sur la borne du monde

L'Hiver, vieillard au dur sommeil,

Jusqu'aux lieux où, quand naît l'aurore,

On entend, sous l'onde sonore,

Hennir les coursiers du Soleil.

Voici la fête d'Olympie !

Tressez l'acanthe et le laurier !

Que les dieux confondent l'impie !

Que l'antique audace assoupie

Se réveille au cœur du guerrier !

Venez, vous que la gloire enchaîne !

Voyez les prêtres d'Apollon,

Pour votre victoire prochaine,

Ravir des couronnes au chêne

Qui jadis a vaincu Milon !

Venez de Corinthe et de Crète,

De Tyr aux tissus précieux,

De Scylla, que bat la tempête,

Et d'Athos, où l'aigle s'arrête

Pour voir de plus haut dans les cieux !

Venez de l'île des Colombes,

Venez des mers de l'Archipel,

De Rhode, aux riches hécatombes,

Dont les guerriers jusqu'en leurs tombes

De Bellone entendent l'appel !

Venez du palais centenaire

Dont Cécrops a fondé la tour ;

D'Argos, de Sparte qu'on vénère ;

De Lemnos où naît le tonnerre,

D'Amathonte où naquit l'amour !

Les temples saints, les gynécées,

Chargés de verdoyant festons,

Tels que de jeunes fiancées,

Sous des guirlandes enlacées,

Ont caché leurs chastes frontons.

Les Archontes et les Éphores

Dans le stade se sont assis ;

Les vierges et les canéphores

Ont purifié les amphores

Suivant les rites d'Éleusis.

On a consulté la Pythie,

Et ceux qui parlent en rêvant.

À l'heure où s'éveille Clytie,

D'un vautour fauve de Scythie

On a jeté la plume au vent.

Le vainqueur de la course agile

Recevra deux trépieds divins,

Et la coupe, agreste et fragile,

Dont Bacchus a touché l'argile,

Lorsqu'il goûta les premiers vins.

Celui dont le disque mobile

Renversera les trois faisceaux,

Aura cette urne indélébile,

Que sculpta d'une main habile

Phlégon, du pays de Naxos.

Juges de la gloire innocente,

Nous offrons au lutteur ardent

Une chlamyde éblouissante

De Sydon, qui, riche et puissante,

Joint le caducée au trident.

Lutteurs, discoboles, athlètes,

Réparez vos forces au bain ;

Puis venez vaincre dans nos fêtes,

Afin d'obtenir des poètes

Un chant sur le mode thébain !

L'athlète, vainqueur dans l'arène,

Est en honneur dans la cité ;

Son nom, sans que le temps l'entraîne,

Par les peuples est répété,

Depuis cette plage inféconde

Où dort sur la borne du monde

L'Hiver, vieillard au dur sommeil,

Jusqu'aux lieux où, quand naît l'aurore,

On entend sous l'onde sonore

Hennir les coursiers du Soleil.