Le Chasseur

By Auguste Lacaussade

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

C'est un jeune chasseur. Tout le jour, hors d'haleine,

Farouche, il a bravé les flammes de l'été.

Près de la source, enfin, sombre il s'est arrêté.

Ses regards inquiets interrogent la plaine…

Seul, par les prés fleuris, le cours d'eau se promène.

« O bois ! dit-il, jadis mes plus chères amours,

Je veux la voir avant de vous fuir pour toujours !

« La voir sans être vu. » Soudain, sur l'autre rive,

Au galop du coursier la chasseresse arrive,

Fière comme Diane, agreste en ses atours.

De la route ses yeux sondent les verts détours.

Qui donc la suit ? craint-elle un témoin invisible ?

Le cours d'eau par les prés coule clair et paisible.

Et le chasseur tressaille. Une arme est dans sa main.

Il tourne autour de lui des regards de Caïn ;

Il couve à l'horizon sa haine la plus chère ;

Sa lèvre aux plis nerveux sourit amèrement.

O solitude, ô bois, sérénité, lumière !…

Le cours d'eau par les prés coule paisiblement.

Il s'éloigne… il veut fuir à jamais ce rivage ;

Mais sur la route il voit s'élever un nuage,

Et son arme s'abaisse… un œil jaloux et sûr

Ajuste… Le cours d'eau coule riant et pur ;

Un radieux silence assoupit le feuillage…

Tout à coup, sous le ciel, un éclair a couru :

Plus de nuage au loin ! — personne n'a paru !