Le chien et l’enfant

By Marceline Desbordes-Valmore

Written 1860-01-01 - 1860-01-01

Enfant, d’une pierre lancée

Ne blesse pas le chien courant !

Que savons-nous si la pensée

N’anime pas ce corps errant ?

Peut-être un grand instinct le presse

Vers la prison qu’il sent là-bas…

Enfant, n’ayons qu’une caresse

Pour le chien qui ne nous mord pas !

Gardien de nos maisons ouvertes.

Sentinelle de vos berceaux,

C’est l’ami qui des tombes vertes

Visite les froids arbrisseaux.

Là, de son passé qui l’oppresse

À qui donc se plaint-il tout bas ?

Enfant, n’ayons qu’une caresse

Pour le chien qui ne nous mord pas.

Hôte de la pauvre chaumière

Où s’éteignent d’humbles vieillards,

De l’aveugle il est la lumière,

Éclairant ses mornes hasards.

Par sa vigilante tendresse,

Vois comme il avertit ses pas ?

Enfant, n’ayons qu’une caresse

Pour le chien qui ne nous mord pas.

Si le glaive ardent de la guerre

Frappe son maître tout armé,

Si la sentence militaire

Brise un front qu’il a tant aimé.

Perçant la foule qui s’empresse,

Il fait pleurer les vieux soldats…

Enfant, n’ayons qu’une caresse

Pour le chien qui ne nous mord pas.