Le choix
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Si j'avais à choisir quel pays de la terre
Je voudrais adopter pour berceau, pour séjour,
Je le sais bien d'avance, et, bien loin de le taire,
Je veux m'en vanter au grand jour !
Je ne choisirais pas le sol chevaleresque
Dont le Cid fut jadis l'honneur et le soutien,
Cette Espagne unissant à la grâce mauresque
Le mâle héroïsme chrétien !
Je ne choisirais pas la féconde Italie,
Où l'art tient de tout temps allumé son flambeau,
Où, dans le pur éclat de la forme ennoblie,
Rayonne la splendeur du Beau !
Je ne choisirais pas la grave Germanie,
Tout éblouie encor de ses récents exploits,
Dont le persévérant et sérieux génie
Scrute la nature et ses lois !
Je ne choisirais pas l'opulente Angleterre,
Qui fait, sur toute mer, flotter son pavillon,
Et qui taillé, dans l'or du monde tributaire,
Une statue au dieu Million !
Je ne choisirais pas cette énergique race
Qui s'agite, là-bas, par delà l'Océan,
Qui convoite le globe, et d'avance l'embrasse
Ainsi qu'un polype géant !
Mais je te choisirais, ma pauvre France aimée,
Parce qu'au juste seul tu veux avoir égard ;
Que l'injuste, le faux, comme de la fumée,
Se dissipe à ton clair regard !
Parce qu'auprès de toi l'opprimé morne et blême
Trouva souvent appui contre un sanglant vainqueur ;
Que, pareille à ta Jeanne, à ton vivant emblème,
Tu fus une Fille au grand cœur !