Le clysopompe

By Maurice Mac-Nab

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

N’auriez-vous pu, madame, à mes regards cacher

L’objet dont vous ornez votre chambre à coucher.

Je suis observateur, et, si je ne me trompe,

Le bijou dont je parle était un clysopompe !

Jamais on n’avait vu pareil irrigateur !

Orné d’un élégant tuyau jaculatoire,

Vers le ciel il tendait sa canule d’ivoire.

Spectacle sans égal pour l’œil d’un amateur !

Sur la table de nuit dans l’ombre et le mystère,

Sans doute il attendait votre prochain clystère…

Mais qu’importe si j’ai d’un regard indiscret

De vos ablutions pénétré le secret !

Ce qu’il faut vous conter, c’est que la nuit suivante

Un cauchemar affreux me remplit d’épouvante :

J’ai rêvé… que j’étais clysopompe à mon tour,

De vos soins assidus entouré nuit et jour.

Vous me plongiez soudain au fond d’une cuvette,

Vous pressiez mon ressort d’une main inquiète,

Sans vous douter, hélas ! que votre individu

Contre mes yeux n’était nullement défendu.

Et moi je savourais l’horizon grandiose

Que je devais, madame, à ma métamorphose.

Si bien qu’en m’éveillant je m'étais convaincu

D’avoir toute la nuit contemplé votre cul.