Le Cœur mort

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Je rêvais que mon cœur flottait dans le château

Au-dessus d'une coupe étrange et poussiéreuse :

— Pour y saigner, bien sûr ! Car sa plaie est si creuse

Que le temps y retourne encore le couteau !

Eh quoi ? La chose alors était par trop affreuse :

Ni la meule du spleen, ni les coups de marteau

Du malheur, ni l'angoisse aux mâchoires d'étau

Ne pouvaient exprimer sa pourpre douloureuse.

Mon cœur vit ! m'écriai-je, il palpite ; il ressent !

Je perçois son tic-tac, et certes, c'est du sang,

Du sang qui va couler de sa blessure ouverte !

Mais non ! Il était mort, archi-mort, et si mûr,

Qu'une larme de pus nauséabonde et verte

En suinta lentement comme l'eau d'un vieux mur.