Le commencement du voyage

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Voyez, amis, cette barque légère

Qui de la vie essaie encor les flots :

Elle contient gentille passagère ;

Ah ! Soyons-en les premiers matelots.

Déja les eaux l'enlèvent au rivage

Que doucement elle fuit pour toujours.

Nous qui voyons commencer le voyage,

Par nos chansons égayons-en le cours.

Déja le sort a soufflé dans les voiles ;

Déja l'espoir prépare les agrès,

Et nous promet, à l'éclat des étoiles,

Une mer calme et des vents doux et frais.

Fuyez, fuyez, oiseaux d'un noir présage :

Cette nacelle appartient aux amours.

Nous qui voyons commencer le voyage,

Par nos chansons égayons-en le cours.

Au mât propice attachant leurs guirlandes,

Oui, les amours prennent part au travail.

Aux chastes sœurs on a fait des offrandes,

Et l'amitié se place au gouvernail.

Bacchus lui-même anime l'équipage,

Qui des plaisirs invoque le secours.

Nous qui voyons commencer le voyage,

Par nos chansons égayons-en le cours.

Qui vient encor saluer la nacelle ?

C'est le malheur bénissant la vertu,

Et demandant que du bien fait par elle

Sur cet enfant le prix soit répandu.

À tant de vœux dont retentit la plage,

Sûrs que jamais les dieux ne seront sourds,

Nous qui voyons commencer le voyage,

Par nos chansons égayons-en le cours.