Le coq et le renard

By Jean de La Fontaine

Written 1678-01-01 - 1694-01-01

Sur la branche d'un arbre étoit en sentinelle

Un vieux coq adroit et matois.

Frère, dit un renard, adoucissant sa voix,

Nous ne sommes plus en querelle :

Paix générale cette fois.

Je viens te l'annoncer ; descends, que je t'embrasse :

Ne me retarde point, de grâce ;

Je dois faire aujourd'hui vingt postes sans manquer.

Les tiens et toi pouvez vaquer

Sans nulle crainte à vos affaires ;

Nous vous y servirons en frères.

Faites-en les feux dès ce soir,

Et cependant viens recevoir

Le baiser d'amour fraternelle. ‒

Ami, reprit le coq, je ne pouvois jamais

Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle

Que celle

De cette paix ;

Et ce m'est une double joie

De la tenir de toi. Je vois deux lévriers,

Qui, je m'assure, sont courriers

Que pour ce sujet on envoie :

Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.

Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous. ‒

Adieu, dit le renard ; ma traite est longue à faire :

Nous nous réjouirons du succès de l'affaire

Une autre fois. Le galant aussitôt

Tire ses grègues, gagne au haut,

Mal content de son stratagème.

Et notre vieux coq en soi-même

Se mit à rire de sa peur ;

Car c'est double plaisir de tromper le trompeur.