Le cosaque du rhin à chateaudun
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Des sauvages, les Huns, portèrent autrefois
L’épouvante et la mort sur le sol des Gaulois.
Avec raison aussi, l’inexorable histoire
De leur barbare chef a flétri la mémoire.
Au dix-neuvième siècle, après mille ans et plus,
Un moderne Attila, se parant de vertus
Qu’il ne possède pas, au nom de la patrie
Et de la liberté, se rue avec furie,
Sans honte, sans remords, sur un peuple épuisé.
Oui, Guillaume premier, ce roi civilisé,
Bat des mains en voyant des villes enflammées,
Applaudit aux méfaits commis par ses armées,
Donne à ses généraux des croix, des dignités,
S’ils se sont distinguées par des atrocités.
Triste descend la nuit. Des efforts héroïques,
Des élans de lion, trente charges épiques,
N’ont pu sauver, hélas ! la petite cité
Dont le nom brillera dans la postérité :
Châteaudun est conquis ! Un incendie immense
D’un sanguinaire roi proclame la démence.
Dans la rue, où la mort se montre à chaque pas,
Les poutres des maisons tombent avec fracas.
Ce qu’épargne le feu par la horde sauvage
Est souillé, renversé, détruit, mis au pillage.
Le commandant en chef, drapé dans son manteau,
Fume, et de temps en temps murmure : « C’est bien beau ! »
Triste descend la nuit ! Au porche d’une église
Un drapeau français flotte ; il porte pour devise :
« Indépendance ou mort. » Sur la maison de Dieu
Aussitôt cent soldats en blasphémant font feu,
Déchirent l’oriflamme, et, ne rêvant que crimes,
Dans l’édifice saint vont chercher des victimes.
Mais là règne la paix : seuls quelques défenseurs
Du pauvre Châteaudun sont soignés par des sœurs.
Près de l’autel, couché sur une froide dalle,
L’un de ces malheureux, sanglant, mutilé, râle ;
A genoux devant lui, le regard vers le ciel,
Sa bien-aimée attend le moment solennel.
Un Cosaque du Rhin, à la mine farouche,
S’approche du blessé, de sa botte le touche,
Disant : « Par Belzébuth ! c’est le chef infernal
Qui dans nos rangs a fait un si terrible mal.
J’ai cru que je l’avais, par un coup formidable
De ma longue rapière, envoyé chez le diable.
Le chien respire encor, mais cette fois je veux,
En bon soldat royal, le tuer un peu mieux. »
Et le Teuton, avec sa botte éperonnée,
Éventre le blessé pour finir la journée.
Alors tous ces pillards, qui n’ont plus rien d’humain,
Souillent le lieu sacré par un affreux festin.
En étal de boucher la nef est transformée ;
La chaire est la tribune où l’on boit à l’armée ;
L’autel où, devant Dieu, s’agenouillait, le soir,
Le pécheur pénitent, n’est plus qu’un abattoir.
Pendant toute la nuit se prolonge l’orgie,
Et lorsque l’aube éteint la dernière bougie,
Notre sanglant héros, le Cosaque du Rhin,
Gorgé de viande crue, et de champagne plein,
S’endort paisiblement devant la sacristie
Par ses hideux amis en dortoir convertie.
Parmi les Allemands qui prirent Châteaudun
Combien de vrais soldats se trouvait-il ? Pas un.