Le cri des femmes dans la nuit
Written 1910-01-01 - 1910-01-01
Nous sommes devant vous l'être faible et doré,
Nudité sage, sous la robe,
Et notre vrai regard à vos yeux se dérobe ;
Mais quel beau monstre, en nous, cherche à se libérer !
Votre amour masculin, forme de votre haine,
Ne nous laisse, pour liberté,
Que le cri naturel de la maternité.
En elle seulement notre instinct se déchaîne.
Or voyez de quel bras nous serrons nos enfants
Sur nos poitrines nourrissantes !
Se donnent-elles mieux, bêlantes, rugissantes,
La lionne à ses lionceaux, ou la biche à ses faons ?
Sauf cet instinct permis, Ce n'est que peur et honte.
Nous tremblons devant votre loi,
Mais il serait aussi la tempête qui monte,
Notre baiser, sans les scrupules, sans la foi !
Nous sommes plus que vous de la race des faunes,
Notre désir est incessant.
Parmi les printemps verts et les automnes jaunes,
Vous devriez nous suivre à nos traces de sang.
Vous avez bien voulu que nous fussions des mères,
Vous, les maîtres, vous les plus forts,
Mères, oui, mais non-pas amantes, tout entières, .
Parce que vous craignez, le cri de notre corps.
Certes, vous le savez, hommes, votre puissance
N'est pas tout ce que nous voulons.
Et, par les belles nuits, nos sanglots sourds et longs
Clameraient vainement vers votre insuffisance.
Vous êtes-tout, logique et science et raison,
Mais vous n'êtes pas nos vrais mâles.
Vous êtes trop humains pour nous trop animales :
La bête féminine aime en toute saison.
Oui, soyez orgueilleux de posséder les femmes !
Mais elles sont comme la mer,
Et toute la ferveur de vos petites âmes
Ne satisfera point l'océan de leur chair !