Le crieur de nuit
By Marceline Desbordes-Valmore
Written 1830-01-01 - 1830-01-01
Éveillez-vous, gens qui dormez ;
Sur vos toits minuit passe et pleure ;
Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure,
Pour les morts qui vous ont aimés ;
Éveillez-vous ! gens qui dormez.
« Toi qui ne pleures rien encore,
Ô mon ange ! ne tremble pas !
Viens verser un secret, tout bas,
Dans un cœur vivant qui t’adore,
Toi qui ne pleures rien encore. »
Éveillez-vous, gens qui dormez ;
Sur vos toits minuit passe et pleure ;
Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure.
Pour les morts qui vous ont aimés ;
Éveillez-vous ! gens qui dormez.
« Sous les jasmins de ta fenêtre,
Nul passant ce soir ne me nuit ;
J’ai gagné le crieur de nuit ;
Descends donc pour me reconnaître
Sous les jasmins de ta fenêtre ! »
Éveillez-vous, gens qui dormez ;
Sur vos toits minuit passe et pleure ;
Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure,
Pour les morts qui vous ont aimés ;
Éveillez-vous ! gens qui dormez.
« Sans laisser tomber une rose
Sur le front de ton fiancé,
Minuit s’en va triste et lassé ;
Et ta blanche fenêtre est close,
Sans laisser tomber une rose ! »
Éveillez-vous, gens qui dormez ;
Sur vos toits minuit passe et pleure ;
Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure,
Pour les morts qui vous ont aimés ;
Éveillez-vous ! gens qui dormez.
« Minuit fera lever l’aurore ! »
Dit l’ange qui se dévoila.
« Ô mon fiancé, me voilà !
Si vous sonnez longtemps encore,
Minuit fera lever l’aurore ! »
Éveillez-vous, gens qui dormez ;
Sur vos toits minuit passe et pleure ;
Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure,
Pour les morts qui vous ont aimés ;
Éveillez-vous ! gens qui dormez.
« Dieu ! dit la mère de famille,
Jamais pour les morts mécontents
Minuit n’a pleuré si longtemps ;
Il aura fait peur à ma fille :
Paix dans les cieux à ma famille ! »
Éveillez-vous, gens qui dormez ;
Sur vos toits minuit passe et pleure ;
Priez Dieu, s’il vous plaît ! c’est l’heure,
Pour les morts qui vous ont aimés ;
Éveillez-vous ! gens qui dormez.
Des petits enfants et des mères
Racontèrent, le lendemain,
À l’ange riant sous sa main,
Qu’un mort prolongeait les prières
Des petits enfants et des mères !