Le cris de paris
By Félix Frank
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Nous pensions au moins que dans nos murailles
Ils n’entreraient pas,
N’ayant pu les prendre avec leurs mitrailles
Ni tous leurs soldats !
Nous pensions qu’après cinq longs mois de siège
Sans brèche aux remparts,
On verrait sortir meurtris de leur piège
Ces lâches renards !
Nous avions compté sans l’âpre famine
Qui nous saute au cou
Pour nous tordre enfin la gorge, et termine
La guerre d’un coup !
Et pourtant nos forts, bravant la tempête,
Disaient toujours non,
Et ne voulaient pas abaisser la crête
De leur pavillon !
Et, même étranglés par le mal farouche,
Nous serions debout,
Si des vils rhéteurs à la face louche
N’avaient livré tout !
S’ils n’avaient menti, pour rendre dans l’ombre
Paris désarmé,
Et crier ensuite à la foule sombre :
— « Tout est consommé !»—
Préférant au bruit de nos libres armes
L’honneur d’embrasser
Les pieds d’Attila, mouillés de ces larmes
Qu’ils savent verser !
— Ainsi donc, Paris, notre cité sainte,
Paris frémissant
Aura répandu hors de son enceinte
Tant de noble sang,
Lui, le fier géant dont jamais défaite
N’ébranla le cœur,
Pour subir l’affront du Barbare en fête,
Maître… et non vainqueur !
O vous qui pouviez sauver la Patrie,
Obstinée en vain,
Et qui n’avez mis qu’une main flétrie
Dans sa large main ;
O vous, déserteurs de la République,
Vous si haut portés,
Qui rampez si bas dans chaque supplique
Et la souffletez !
Vous qui dans la nuit penchiez vos fronts blêmes,
Serfs abâtardis,
Frissonnant de peur dans ces jours suprêmes,
Oh ! soyez maudits !
Paris vous rejette, et déjà l’Histoire
Coud vos noirs linceuls :
Ci-gît l’infamie… A Paris la gloire !
La honte à vous seuls !