Le départ

By Émile François

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Clairons, sonnez… Vos éclatantes notes

Ne vibrent pas… Allons !… prenez l'accord…

Entendez-vous ? Tous ces cœurs patriotes…

Ils vibrent… eux… Allons… sonnez plus fort !

C'est la guerre !

Elle a passé ses mains dans ses cheveux…

Ils flottent, étendard ; et la foule aux grands yeux

Court derrière.

L'été fut chaud… Tes champs ont soif, ô terre !

Au lieu de pluie, ils vont boire du sang !…

Peuples, allons, puisqu'il vous faut la guerre,

Taillez, frappez, et que l'épée au flanc

Ne s'arrête !…

Qu'il saigne !… — O glèbe… assouvis ta soif, bois…

Avec le sang de leurs peuples les rois

Te font fête !…

Hélas ! j'ai vu, ce soir du vingt juillet,

Où de la lutte émanait le décret,

La lune à l'horizon monter large et sanglante…

Ah ! de mon souvenir, Lune, sois donc absente !

Sur notre fond d'azur, emblème national,

Deux taches m'ont paru qui m'ont aussi fait mal.

Te les dirai-je, ô peuple ?… Aux soldats, les dirai-je,

Ces braves jeunes gens dont l'immense cortège

Au combat comme au feu marchait avec gaîté ?…

Peuple… tu ricanais… sans nulle dignité !…

Vous aviez bu, soldats !… Ici la débandade,

Sale… les gamins, là… comme une mascarade !!! —

J'en ai rougi, rugi… —Triste d'un tel début :

« Dieu, » me suis-je écrié, « Grand Dieu, veille au salut ! »

Pendant dix jours la grande capitale

Ne fut qu'un bruit immense, universel,

De bataillons marchant sans intervalle,

Avec canons et tout leur matériel.

L'eau bouillonnait incessamment aux gares ;

Aigres sifflets, et long roulement sourd

Des trains partants et des vastes bagares ;

Et puis… l'attente, au pas si lent et lourd !…