Le dernier adieu

By René-François Sully Prudhomme

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Quand l'être cher vient d'expirer,

On sent obscurément la perte,

On ne peut pas encor pleurer :

La mort présente déconcerte ;

Et ni le lugubre drap noir,

Ni le dies iræ farouche,

Ne donnent forme au désespoir :

La stupeur clôt l'âme et la bouche.

Incrédule à son propre deuil,

On regarde au fond de la tombe,

Sans rien comprendre à ce cercueil

Sonnant sous la terre qui tombe.

C'est aux premiers regards portés,

En famille, autour de la table,

Sur les sièges plus écartés,

Que se fait l'adieu véritable.