Le Disciple

By Catulle Mendès

Written 1876-01-01 - 1876-01-01

Le Bouddha rêve, ayant dans ses mains ses orteils.

Pourna dit : « Les esprits affranchis sont pareils

Au libre vent du nord dans le ciel sans nuage !

Grimpant les rocs, passant les fleuves à la nage,

Aux peuples très-lointains des bords très-reculés,

Pour qu'ils soient délivrés et qu'ils soient consolés,

Maître, j'apporterai ton dogme secourable.

— Si ces peuples, répond le Bouddha vénérable,

T'outragent, ô disciple aimé, que diras-tu ?

— Ces peuples sont doués, dirai-je, de vertu,

Car ils n'ont point jeté de sable à mes paupières,

Et, doux, ne m'ont frappé ni des mains ni de pierres.

— Mais s'ils t'osent frapper de pierres ou des mains ?

— Ces peuples sont très-bons, dirai-je, et très-humains.

Car leurs mains à lancer des pierres occupées

N'ont point levé sur moi de bâtons ni d'épées.

— Mais si leur fer t'atteint ?

— Je dirai : Qu'ils sont doux

De frapper sans me faire expirer sous les coups !

— Mais si tu meurs ?

— Heureux ceux qui cessent de vivre !

— C'est bien, dit le Bouddha. Va, console, et délivre. »