Le docteur et ses malades

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Saluons de maintes rasades

Ce docteur à qui je dois tant.

Mais, pour visiter ses malades,

Je crains qu'il n'échappe à l'instant.

À ces soins son art le condamne,

S'il vient un message ennemi.

Fiévreux, buvez votre tisane ;

Laissez-nous fêter notre ami.

Oui, que ses malades attendent ;

Il est au sein de l'amitié.

Mais vingt jeunes fous le demandent

D'un air qui pourtant fait pitié.

De Vénus amants trop crédules,

Sur leur état qu'ils ont gémi !

Eh ! Messieurs, prenez des pilules ;

Laissez-nous fêter notre ami.

Quoi ! Ne peut-on venir au monde

Sans l'enlever à ses enfants ?

Certaine personne un peu ronde

Réclame ses secours savants.

J'entends ce tendron qui l'appelle :

Les parents même en ont frémi.

N'accouchez pas, mademoiselle ;

Laissez-nous fêter notre ami.

Qu'il coule gaîment son automne,

Que son hiver soit encor loin !

Puisse-t-il des soins qu'il nous donne

N'éprouver jamais le besoin !

Puisqu'enfin dans nos embrassades

Il n'est point heureux à demi,

Mourez sans lui, mourez, malades ;

Laissez-nous fêter notre ami.