Le doigt de dieu

By Georges Fourest

Written 1909-01-01 - 1909-01-01

Il avait violé sa sœur, coupé sa mère

en tout petits morceaux : jugeant la vie amère

et se voulant donner quelque distraction

il servit à son père une décoction

vénéneuse, du foie et des reins ennemie

(car il avait beaucoup potassé la chimie) :

cette mixture fit mourir le doux vieillard.

Il était mal poli, journaliste, paillard

trichait au jeu, faisait des vers, fumait la pipe

dans la rue et, le soir, il se gavait de tripe

à la mode de Caen parmi des croque-morts

D’ailleurs il n’éprouvait pas l’ombre d’un remords

et vivait très correct et très digne et coulait de

bien beaux jours (comme fait Monsieur Paul Déroulède).

Mais Dieu possède un DOIGT et l’immoralité

ne saurait échapper à la fatalité…

Un matin, comme il avait fait la grande fête

un pot de réséda lui tomba sur la tête,

et le Seigneur l’admit au Paradis profond

car il était plus vif que méchant dans le fond !…