Le faubourg saint-roch

By Jean Baptiste Caouette

Written 1892-01-01 - 1892-01-01

Le vieux faubourg Saint-Roch s'incline sur le bord

De l'anse sablonneuse où le Saint-Charle endort

Son flot bleu qui palpite ;

C'est là que la vertu romaine vit toujours

Et que sa mâle voix ‒ sa voix des anciens jours ‒

Parle à des cœurs d'élite !

C'est là que Cartier vint, pour la première fois,

Ennoblir notre sol en y plantant la croix

Sous l'ombrage des hêtres ;

C'est là que sont empreints les pas des découvreurs,

C'est là qu'ont abordé nos vaillants laboureurs

Avec nos premiers prêtres !

C'est là d'où sont partis ces humbles conquérants

Qui portaient à travers forêts, monts et torrents

La parole bénie

A l'enfant des déserts que la foi réclamait…

C'est enfin le berceau grandiose où germait

La noble colonie !

J'aime ce vieux faubourg coquet et florissant,

Où le riche à sa table accueille le passant

Qui demande une obole ;

Car c'est là que s'exerce avec simplicité

La bienfaisante loi de l'hospitalité

Qui ravit et console !

Oui, je t'aime, ô Saint-Roch ! A ton passé rêvant,

Parfois je crois ouïr un poème émouvant

Dans la rumeur de l'onde

Où se mirent les toits de la fière cité

Dont l'immortel Champlain devina la beauté

Qui charme le Vieux-Monde !

Je t'aime ! car je sais qu'à l'ombre de la croix

Vaillamment tu luttas pour défendre nos droits

Contre le despotisme ;

Et qu'en toi bat le cœur de notre nation ;

O boulevard béni de la religion

Et du patriotisme !