Le fils des huns

By Auguste Barbier

Written 1870-01-01 - 1870-01-01

Ce sont bien eux toujours, avec leurs mains avares,

Leurs yeux rusés, leurs instruments de feu,

Toujours des ravageurs farouches, des barbares

Frappant partout gens et choses de Dieu.

Strasbourg a beau crier : — Laissez sortir les femmes,

Les petits cœurs, les vieux au corps ployé,

Tout ce qui ne peut pas vous renvoyer vos flammes ! —

Ils restent sourds sans honte, sans pitié.

Un saint évêque dit : — Épargnez les malades,

Les murs gardiens des merveilles de l'art,

Ma vieille cathédrale aux sublimes arcades,

Et dont la flèche émeut tant le regard ! —

Et le cruel Werder répond à sa demande

Ces mots affreux : — Point, c'est par la terreur

Que j'espère bientôt que le soldat se rende

Et sous mes pieds abaisse sa valeur ! —

Et le mortier reprend sa manœuvre infernale,

La bombe en feu plane sur les abris,

Et tout, bibliothèque, hospice, cathédrale,

Jonche le sol de chauds et noirs débris.

Le sang coule à torrent, et si la noble place

N'est secourue, hélas ! c'est un tombeau

Autour duquel longtemps les filles de l'Alsace

Des gens u nord maudiront le fléau.

Horreur ! et voilà bien des siècles qu'on dépense

Esprit et cœur pour en arriver là,

Pour voir recommencer avec plus de science

L'œuvre sans nom des hordes d'Attila !