Le Héros

By Théodore Banville

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Ils le disaient, ces grands Hellènes

Qui, morts, dans leurs apothéoses

Respiraient encor les haleines

Des myrtes et des lauriers-roses :

Heureux qui, jeune, à son aurore,

Embrassant la Mort détestée,

Tombe dans le combat sonore

Pour sa patrie ensanglantée !

Celui-là, fauché par les glaives,

Est orné d'un éclat magique

Et dans les ombres de nos rêves

Apparaît, superbe et tragique.

Son nom ailé, dont s'émerveille

Le pêcheur courbé sur ses rames,

Voltigera, comme une abeille,

Sur les lèvres des jeunes femmes,

Et le noir laurier de la guerre

Ombrage sa tête sereine.

Il n'est plus un passant vulgaire

Caché dans la mêlée humaine,

Car ce soldat au cœur stoïque

Reste l'orgueil de sa chaumière ;

Pour jamais sa fin héroïque

A mis son front dans la lumière !

Il meurt, ayant conquis sa proie !

Et lorsque dans la plaine verte,

Frémissant d'une sainte joie,

Il tombe, la poitrine ouverte,

La Gloire, souriante et pure,

Admirant sa fière jeunesse,

Vient baiser la rouge blessure

Avec ses lèvres de Déesse.