Le jour de l'an

By Jean Baptiste Caouette

Written 1892-01-01 - 1892-01-01

Douze sanglots ont vibré dans l'espace,

‒ Sont-ce les pleurs du lugubre beffroi ?

‒ C'est l'avenir jetant à l'an qui passe,

Avec mépris, un adieu sombre et froid !

Un nouvel an, constellé de promesses,

Vient de surgir des vastes profondeurs ;

Accordons-lui nos plus tendres caresses,

Car il promet d'ineffables bonheurs.

L'an dernier fut désastreux et terrible :

Il a semé partout tant de revers…

Il a changé ‒ ce despote inflexible ‒

Nos rêves d'or en mille maux divers !

N'en parlons plus ! Et saluons l'aurore

Du nouveau jour qui brille à l'horizon ;

Que de nos cœurs parte un hymne sonore

Pour acclamer l'hôte de la saison !

Voyez là-bas, dans la pauvre chaumière,

Le malheureux amaigri par la faim :

Du nouvel an, il attend, il espère

Plus de bonheur et le morceau de pain !

Sous les lambris, où la pourpre rayonne,

Le riche aussi formule ses désirs :

« Bel an, dit-il d'un pur éclat couronne

Nos doux banquets, nos fêtes, nos plaisirs ! »

Au saint autel, le prêtre vénérable

Pour le pécheur implore le bon Dieu ;

Son chant d'amour ‒ cri de joie admirable ‒

Comme l'encens monte vers le ciel bleu…

Dès ce moment, oublions nos rancunes ;

A l'ennemi présentons notre main.

Après les jours de noires infortunes,

Dieu nous réserve un heureux lendemain !