Le lendemain

By Victor Hugo

Written 1865-01-01 - 1865-01-01

Un vase, flanqué d'un masque,

En faïence de Courtrai,

Vieille floraison fantasque

Où j'ai mis un rosier vrai,

Sur ma fenêtre grimace,

Et, quoiqu'il soit assez laid,

Ce matin, du toit d'en face,

Un merle ami lui parlait.

Le merle, oiseau leste et braque,

Bavard jamais enrhumé,

Est pitre dans la baraque

Toute en fleurs, du mois de mai.

Il contait au pot aux roses

Un effronté boniment,

Car il faut de grosses choses

Pour faire rire un Flamand.

Sur une patte, et l'air farce,

Et comme on vide un panier,

Il jetait sa verve éparse

De son toit à mon grenier.

Gare au mauvais goût des merles !

J'omets ses propos hardis ;

Son bec semait peu de perles ;

Et moi, rêveur, je me dis :

La minute est opportune ;

Je suis à m'éprendre enclin ;

Puisque j'ai cette fortune

De rencontrer un malin,

Il faut que je le consulte

Sur ma conquête d'hier.

Et je cria : — Merle adulte,

Sais-tu pourquoi je suis fier ?

Il dit, gardant sa posture,

Semblable au diable boiteux :

— C'est pour la même aventure

Dont Gros-Guillaume est honteux.